Product Carbon Footprint (PCF) : définition, méthode et enjeux pour les entreprises

Baptiste Gaborit

Rédacteur Climat

De plus en plus d'entreprises se voient demander par leurs clients, leurs investisseurs ou leurs donneurs d'ordre l'empreinte carbone de leurs produits et plus seulement celle de l’entreprise dans son ensemble.

C’est ce que l’on appelle le Product Carbon Footprint, le PCF, ou l’empreinte carbone produit. Le PCF mesure les émissions de gaz à effet de serre générées par un produit sur l'ensemble de son cycle de vie.

Longtemps réservé aux grandes entreprises industrielles, le PCF devient aujourd'hui un outil stratégique pour un nombre croissant d'organisations. La pression est à la fois réglementaire (CSRD, MACF…) et commerciale, avec des acheteurs qui intègrent désormais le PCF dans leurs critères de sélection fournisseurs.

Dans cet article, nous vous expliquons ce qu'est concrètement le PCF, comment le calculer, en quoi il se distingue du bilan carbone et pourquoi il est devenu un passage obligé pour toute entreprise souhaitant piloter sérieusement sa stratégie de décarbonation.

1. Qu’est-ce que le Product Carbon Footprint ?

Le Product Carbon Footprint (PCF) est une méthode de mesure des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par un produit ou un service sur l'ensemble de son cycle de vie : de l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie, en passant par sa fabrication ou son utilisation.

Les résultats sont exprimés en kilogrammes de CO₂ équivalent (kg CO₂e), ce qui permet d'avoir une vision claire et chiffrée de l'impact climatique d'un produit et d'identifier les étapes les plus émettrices pour orienter les efforts de réduction.

  • La norme de référence : ISO 14067

L’ISO 14067:2018 est la norme internationale qui spécifie les exigences et les lignes directrices du calcul et de la présentation d’un Product Carbon Footprint.  

Elle permet aux entreprises de suivre une méthodologie claire, rigoureuse et uniforme pour la réalisation de leurs PCF et ainsi de s’assurer de leur conformité.

  • Quelles différences entre un PCF et une ACV complète ?

Le PCF se distingue d'une Analyse de cycle de vie (ACV) complète par son périmètre volontairement restreint : il ne s'intéresse qu'à l'indicateur "changement climatique" en mesurant uniquement les émissions de gaz à effet liées au produit.

Là où une ACV multi-critères analyse également l'impact sur la biodiversité, l'eutrophisation des eaux, l'épuisement des ressources ou encore l’acidification terrestre et des eaux douces.

Le PCF permet ainsi de se concentrer sur l’empreinte carbone et ainsi d’identifier très clairement les étapes du cycle de vie du produit qui sont les plus émettrices. C’est un outil majeur pour les entreprises qui souhaitent axer leurs efforts de décarbonation là où les leviers sont les plus importants et ainsi se donner toutes les chances de réduire massivement et plus rapidement leurs émissions.

  • Quelles différences entre un PCF et un bilan carbone ?

Le PCF et le bilan carbone partagent le fait de mesurer dans les deux cas les émissions de gaz à effet de serre.


En revanche, le bilan carbone analyse les émissions de GES de l’entreprise et de sa chaîne de valeur et non pas d’un produit ou d’un service. On prend en compte l’ensemble des intrants, l’impact de tous les produits fabriqués par l’entreprise mais aussi les déplacements des collaborateurs ou encore l’énergie utilisée pour chauffer les locaux.

Alors que le PCF se focalise uniquement sur les données du ou des produits étudiés.

Le PCF permet de zoomer sur l’impact précis d’un système étudié là où le bilan carbone permet d’avoir une vision globale des émissions liées à l’activité de l’entreprise.

Mais PCF et bilan carbone ne s’opposent pas, ils sont même complémentaires. Nous le verrons un peu plus bas dans cet article.

2. Pourquoi faire un Product Carbon Footprint ?

  • Répondre aux exigences de vos partenaires et des donneurs d'ordres

Aujourd'hui, les grandes entreprises ne se contentent plus de verdir leur propre périmètre (Scope 1 et 2). Pour atteindre leurs objectifs de neutralité, elles s'attaquent à leur Scope 3 : les émissions de leur chaîne de valeur.

En conséquence, les grands comptes deviennent de plus en plus exigeants et imposent à leurs fournisseurs de fournir des données carbone précises et vérifiables.

Maîtriser votre PCF, c'est garantir votre place dans ces chaînes d'approvisionnement et transformer une contrainte de conformité en un avantage commercial majeur.

  • Anticiper la pression réglementaire et financière

Le cadre législatif européen se durcit. Le PCF devient un outil essentiel pour répondre à deux réglementations majeures :

  • La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) : elle impose aux grandes entreprises de reporter leurs impacts environnementaux de manière détaillée.

  • Le MACF (Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières) : pour les secteurs concernés, le calcul du contenu carbone des produits est désormais une obligation pour franchir les frontières européennes.

Parallèlement, les investisseurs intègrent de plus en plus les critères ESG dans leurs décisions. Un PCF robuste est un gage de transparence qui rassure sur la capacité de l'entreprise à gérer ses risques climatiques à long terme.

  • Affiner et piloter sa stratégie de décarbonation

Le PCF est le complément indispensable du Bilan Carbone de l'entreprise. Là où le Bilan Carbone offre une vision macroscopique, le PCF permet :

  • d’identifier les "Hotspots" : il permet d'isoler les étapes du cycle de vie les plus émettrices.
  • d’être plus précis : en injectant des données produits réelles dans votre Bilan carbone global, vous gagnez en précision et quittez les ratios monétaires souvent trop imprécis
  • de prioriser : vous ne travaillez plus à l'aveugle, vous concentrez vos efforts de réduction là où l'impact est le plus fort.

  • Engager une véritable démarche d’écoconception

Comme le souligne l'ADEME, l'écoconception vise à réduire les impacts d'un produit dès sa genèse. Le PCF (souvent basé sur la méthodologie PEF - Product Environmental Footprint) est la première brique de cette démarche. Il permet de :

  • Comparer des scénarios : tester l'impact d'une alternative matière ou d'un changement de fournisseur avant la production.
  • Benchmarking : comparer vos produits en interne ou face à la concurrence pour viser l'excellence environnementale.

  • Communiquer avec transparence et éviter le Greenwashing

À l'heure de l'affichage environnemental (déjà effectif dans le textile depuis octobre 2025 et bientôt étendu à l'alimentaire, l'ameublement ou la cosmétique), la transparence est une obligation de réputation.

S'appuyer sur un PCF conforme aux standards permet de réaliser des allégations environnementales robustes. C'est le seul moyen de prouver la performance de vos produits aux consommateurs et d'éviter les accusations de greenwashing, tout en valorisant vos efforts de réduction de manière factuelle.

3. Comment calculer un Product Carbon Footprint (PCF) ?

Comme pour une ACV, il faut suivre 4 étapes principales.

Définition des objectifs et du champ d’étude

  • Objectif de l’étude

C’est la raison pour laquelle l’entreprise décide de réaliser une ACV : écoconception, comparaison de plusieurs produits ou services, comparaison avec la concurrence…

  • Le champ de l’étude

C’est à ce moment-là que l’on précise les principales caractéristiques et hypothèses qui sont choisies.

  • Est-ce qu’on réalise un PCF cradle-to-grave, “du berceau à la tombe” donc sur l’ensemble des étapes du cycle de vie du produit ou un PCF cradle-to-gate, “du berceau à la porte” qui exclut les étapes d’utilisation du produit et de sa fin de vie ? Si c’est un PCF cradle-to-gate, l’entreprise doit le mentionner explicitement dans son rapport d’inventaire.

  • Quelle est l’unité fonctionnelle du produit ou du service sur lequel porte le Product Carbon Footprint ? C’est fondamental dans la définition du champ de l’étude. L’unité fonctionnelle, c’est la fonction primaire, le service rendu par le système étudié.

Quelques exemples d’unités fonctionnelles : nombre de fois où est porté un vêtement, parcourir 15 000 km/an et pendant 20 ans pour une voiture, etc…

  • Limites d’ordre méthodologique.

Inventaire du cycle de vie

C’est l’étape la plus chronophage, celle qui correspond à la collecte des données. Il s’agit de retracer tous les flux du produit étudié : les flux entrants et sortants.

Il faut collecter toutes les données qui sont directement attribuables au cycle de vie du produit en s’appuyant pour cela sur la définition du champ de l’étude et sur la cartographie des flux qui sera élaborée.

Durant cette étape, les entreprises doivent faire attention à la qualité des données collectées. Plusieurs types de données sont disponibles : données primaires, données secondaires, données financières.

Les entreprises doivent être en mesure d’évaluer la qualité des données afin de sélectionner celles qui sont les plus représentatives des émissions réelles du produit, en se basant sur des indicateurs précis (temporels, géographiques…).

Évaluer la qualité des données permet ensuite :

  • améliorer la qualité de l’inventaire actuel et des prochains en identifiant les données de plus faible qualité. L’entreprise peut ainsi repérer sur quelles données elle doit concentrer ses efforts pour améliorer leur qualité.
  • documenter le process d’inventaire et apporter ainsi des informations si une phase d’audit est menée.
  • apporter la preuve à ses parties prenantes de la qualité des données utilisées lors de l’inventaire

Evaluation des impacts

Pour les résultats d’un PCF, l’unité utilisée est le CO2 équivalent (CO2e).

Il s’agit à ce moment-là de passer des données collectées en équivalent CO2. Les entreprises doivent appliquer un facteur de potentiel de réchauffement global (PRG) à 100 ans.

Ainsi, pour tous les gaz à effet de serre qui vont apparaître dans l’inventaire du cycle de vie, il va falloir les convertir en CO2e en leur associant un facteur de caractérisation. Pour le méthane par exemple, on sait que 1 tonne de méthane équivaut à 28 tonnes de CO2. On va donc multiplier les flux de méthane par ce facteur de 28. Autre exemple, pour le protoxyde d’azote, son potentiel de réchauffement climatique est 298 fois plus élevé que le CO2. On vient donc lui associer un facteur de 298.

Interprétation des résultats et reporting

C’est à ce moment-là que l’on passe de la comptabilité à l’action.

Cette phase sert à vérifier la robustesse de l'étude, notamment :

  • en identifiant quelles étapes du cycle de vie (matières premières, transport, fabrication, fin de vie) contribuent le plus à l'empreinte totale.
  • en menant une analyse d’incertitude :  il faut expliquer la marge d'erreur liée aux bases de données utilisées

Si vous décidez de communiquer un reporting des résultats du Product Carbon Footprint, le rapport doit inclure notamment :

  • le Scope : "Cradle-to-Grave" (berceau à la tombe) ou "Cradle-to-Gate" (berceau à la porte).
  • les exclusions : qu’est-ce qui n’a pas été compté dans l’empreinte carbone produit ?
  • les choix méthodologiques

Cette dernière étape est cruciale afin à la fois de communiquer avec transparence sur votre démarche et pour identifier ce que l’on pourrait appeler les opportunités de réduction des émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire les leviers de réduction les plus importants.

FAQ

1. Le PCF remplace-t-il le Bilan carbone de mon entreprise ?

Non, ils sont complémentaires. Le Bilan Carbone donne une vision globale de la santé climatique de votre organisation (bureaux, déplacements, flotte de véhicules, etc.), tandis que le PCF est une loupe posée sur un produit spécifique. Réaliser un PCF permet d'affiner votre Bilan Carbone global en remplaçant des estimations monétaires par des données réelles et précises liées à votre cycle de fabrication.

2. Quelle est la différence entre un calcul "Cradle-to-Gate" et "Cradle-to-Grave" ?

Tout dépend de l'usage du rapport :

  • Cradle-to-Gate (du berceau à la porte) : s'arrête au moment où le produit quitte votre usine.
  • Cradle-to-Grave (du berceau à la tombe) : inclut l'utilisation par le consommateur final et le traitement des déchets.

3. Est-il obligatoire de suivre la norme ISO 14067 ?

Bien que ce ne soit pas une obligation légale stricte pour toutes les entreprises, suivre la norme ISO 14067 est recommandé. Elle garantit à vos investisseurs et clients que vos résultats sont comparables, transparents et basés sur une méthodologie scientifique reconnue mondialement.

4. Pourquoi privilégier le PCF plutôt qu'une ACV complète ?

Le PCF est plus rapide et moins coûteux à mettre en œuvre car il se concentre sur un seul indicateur : le changement climatique. C'est l'outil idéal si votre priorité stratégique est la décarbonation. Cependant, si vous souhaitez communiquer sur d'autres aspects environnementaux (consommation d'eau, protection des océans, etc.), il faudra alors évoluer vers une Analyse de Cycle de Vie (ACV) multicritères.

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