Le label Greenfin en quelques mots

Bérénice Bieuville

Rédactrice et briseuse de mythes @Sami, Stratège marketing @Oser Vert

Partager cet article

Le label Greenfin est une référence de la finance verte : elle distingue les fonds d’investissement contribuant à la transition écologique et à la lutte contre le changement climatique. Mais quels sont concrètement les enjeux de l’investissement responsable ? Comment obtenir le label ? Et surtout, est-il vraiment utile pour atteindre la neutralité carbone mondiale ? On a mené l’enquête pour vous ! 

 

1. Qu’est-ce que le label Greenfin ? Explication simplifiée

 

1.1. Définition

 

Le label Greenfin (pour « Finance Verte ») valorise les fonds d’investissement qui contribuent à la transition écologique et au climat. C’est un dispositif créé par le Ministère de la Transition écologique et solidaire, devenu depuis un repère de référence dans la finance verte.

 

Il répond à trois objectifs principaux : 

  • Mettre une partie de l’épargne au service d’une économie bas-carbone,
  • Amener les investisseurs à financer la transition écologique,
  • Offrir davantage de visibilité et de crédibilité aux fonds d’investissement verts.

 

1.2. Qui fait quoi ? Un point sur le vocabulaire de la finance verte 

 

La finance peut vous sembler relativement nébuleuse, surtout si vous êtes allergique aux chiffres, mais vous verrez dans les paragraphes qui suivent que ce n’est pas aussi compliqué que ça n’en paraît. 

Commençons par faire un point de vocabulaire ! 

  • L’émetteur est la structure qui crée la dette, le besoin d’argent : entreprise, État et collectivités. C’est l’organisme qui a besoin de recevoir de l’argent pour financer ses projets. 

 

  • L’investisseur donne de l’argent à l’émetteur avec une contrepartie : la reconnaissance de dette. Elle donne lieu, idéalement, aux retours sur investissement. Les profils d’investisseurs sont multiples : banques, assureurs, épargnants, sociétés de gestion, spéculateurs, actionnaires, etc. On appelle cet argent les capitaux.

 

  • Le fonds d’investissement est un intermédiaire : il recueille les capitaux des investisseurs et les redistribue chez les émetteurs en modulant les risques et rendements en fonction des objectifs. Passer par un fonds d’investissement comporte plusieurs bénéfices pour l’investisseur : gain de temps et facilité de gestion (car déléguée), accès à l’expertise des gestionnaires, accès à des placements importants (grâce à une mise en commun de l’argent de plusieurs épargnants), etc.

 

En résumé, Greenfin permet de labelliser les fonds d’investissement. Il valorise les sociétés qui investissent majoritairement chez des émetteurs engagés. 

 

C’est plus clair ? Alors, entrons dans le vif du sujet. 

 

2. 7 infos clés à emporter sur ce dispositif de finance verte

 

Image logo, source ministère.

  1. Ce dispositif a été lancé en 2015 lors de la COP21, initialement sous le nom de label « Transition énergétique et écologique pour le climat » (TEEC).

  1. Le label Greenfin exclut les fonds d’investissements finançant les secteurs des énergies fossiles et du nucléaire, ainsi que d’autres domaines faisant l’objet de controverses sociales, éthiques ou environnementales.

  1. À l’inverse, le référentiel liste 8 catégories d’« éco-activités », c’est-à-dire des secteurs qu’il faut soutenir en priorité parce qu’ils contribuent à la transition environnementale dont l’énergie, le transport ou le bâtiment. 

  1. Les pouvoirs publics sont propriétaires du label, et responsables de son évolution (référentiel, cahier des charges, processus de labellisation, etc.). Un comité, présidé par le ministère, propose les grandes orientations et évolutions. 

  1. La labellisation Greenfin est assurée par des structures tierces et indépendantes, ce qui est gage de fiabilité. Les organismes délivrant ce label sont Novethic, EY France et Afnor certification. 

  1. Les fonds éligibles sont multiples : fonds cotés, fonds obligatoires, fonds alternatifs, fonds d’infrastructures, fonds de dette privée, SCPI (Société Civile de Placement Immobilier) et OPCI (Organisme de Placement Collectif en Immobilier). Les fonds français, européens et de pays tiers sont concernés.

  1. Déjà 92 fonds sont labellisés en 2022, et 31,5 milliards d'euros investis. La liste des structures est à retrouver sur le site du gouvernement.

 

Une fois ces informations partagées, il est important de comprendre comment le label Greenfin peut être à la fois bénéfique pour l’environnement et la finance, deux concepts que l’on a pourtant tendance à opposer… 

3. Obtenir le label Greenfin, c’est aussi participer à une finance plus responsable 

 

3.1. Ah bon, les banques polluent ? 

 

Oui, les banques polluent… Pas à cause de leurs bureaux surchauffés ou de leurs cartes bleues en plastique, mais de leurs investissements. Oui : les banques classiques continuent d’investir des milliards d’euros dans les énergies fossiles, explique le rapport Banking on Climate Chaos Report 2022, car l’argent et la rentabilité restent leur priorité.  L’empreinte carbone des grandes banques françaises représenterait près de 8 fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière » d'après Oxfam dans son rapport de 2020

 

La finance verte invite à l’inverse les fonds d’investissements à suivre une toute autre voie pour contrer ce constat alarmant. Comment ? Principalement en dirigeant l’argent vers des projets durables contribuant à la lutte contre le changement climatique.

 

💡 À lire aussi : Les paramètres ESG dans le monde de la finance.

 

3.2. Les spécificités de Greenfin par rapport à d’autres labels de l’économie engagée

 

Face à la conscience grandissante du lien entre fonds d’investissement et transition écologique, les labels de finances durables se multiplient. Pour mieux comprendre le rôle que Greenfin joue par rapport aux autres labels de l’économie engagée reconnus par l’Etat, il est nécessaire d’en souligner les différences : 

  • ISR - Investissement socialement responsable : il garantit la prise en compte des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) dans la gestion des capitaux. Alors que Greenfin se spécialise sur les enjeux environnementaux, ISR balaye plus large, donc avec moins d’exclusion sur les entreprises climaticides.

  • Finansol : il distingue les placements d’épargnes solidaires et contribue, entre autres, à l’accès à l’emploi ou au logement, à l’agriculture biologique et aux énergies renouvelables.

 

4. Comment l’obtenir ? Le processus de labellisation GreenFin en 3 étapes

 

Première étape : vérifier l’éligibilité au label

 

Il faut d’abord s’assurer que la candidature est recevable et valide. Pour cela, la société de gestion de portefeuille choisit un organisme de labellisation (Novethic, EY France ou Afnor certification). Ensuite, elle lui envoie une description de ses activités : composition du portefeuille, processus de gestion, contrôles internes, etc. Une première analyse est faite, pour valider ou non l’entrée de la candidature dans le processus, et si le passage à l’étape suivante est accepté, un contrat est établi entre l’entreprise d’investissement et l’organisme labellisateur. 

 

Deuxième étape : valider le respect des critères Greenfin

 

L’arrêté français définit 4 conditions pour obtenir la précieuse pastille « finance verte » :

  1. Le fonds n’investit pas dans les secteurs exclus, à savoir les énergies fossiles et le nucléaire, ou ceux faisant l’objet de controverses éthiques ou environnementales. Les émetteurs réalisant au moins 30 % de leur chiffre d’affaires sur ces activités, comme les centres d’incinération sans valorisation énergétique, les centres de stockage et enfouissement sans récupération des GES, les exploitations forestières non durables, ne peuvent pas non plus faire l’objet d’un financement. 

  1. Le fonds doit, à l’inverse, investir une part notable des capitaux dans des activités vertes. Le référentiel Greenfin identifie les éco-activités suivantes : énergie, bâtiment, gestion des déchets et contrôle de la pollution, industrie, transport propre, technologies de l’information et de la communication, agriculture et forêt, adaptation au changement climatique. 
  2. La structure prend en compte des critères ESG dans le choix et la gestion des investissements. La société candidate doit réaliser une veille active sur les controverses environnementales, sociales et de gouvernance, et y adapter la construction des portefeuilles (en particulier, l’exclusion ou la sous-pondération de certaines entreprises). 

  1. Le fonds mesure les impacts positifs de ses investissements sur le climat et l’environnement : bilan carbone, retombées sur la biodiversité, sauvegarde des ressources naturelles, impacts sur l’eau, etc. En tout cas, au moins l’un de ces 4 paramètres extra-financiers. 

 

L’organisme labellisateur audite le fonds pour contrôler le respect de ces 4 critères. Au programme : analyse de documents et entretiens avec les dirigeants, qui donnent ensuite lieu à un rapport d’audit.

 

Troisième étape : recevoir le label Greenfin

 

À partir du rapport d’audit, l’organisme de labellisation décide de l’attribution ou non de la pastille. Le label Greenfin est accordé pour une durée d’un an renouvelable. Pendant cette période, le fond labellisé est contrôlé régulièrement pour vérifier le respect des conditions et exigences.

 

5. Le label Greenfin est-il vraiment utile, ambitieux, et respectueux de l’environnement ? 

 

5.1. Une multiplication délétère des labels environnementaux 

 

En France et en Europe, les labels verts se multiplient depuis quelques années. Le problème ? Cela entraîne un manque de compréhension des parties prenantes qui perdent confiance dans la labellisation. Les structures peuvent alors surfer sur ce manque de clarté pour se concentrer sur les labellisations les moins exigeantes. 

Ce mécanisme influence aussi le monde de l’économie verte, ce qui rend le système de labellisation contre-productif : plus le nombre de labels grandit, plus les investisseurs s’en détournent (Source : Le rôle des labels dans la finance verte, 2020). 

 

5.2. Green investment = faible rentabilité ? 

 

Et pourtant, les investissements responsables sont bel et bien rentables, et cette rentabilité est même croissante avec l’évolution des réglementations et des exigences face aux enjeux climatiques. Le gouvernement le confirme : les bénéfices et le risque de défaut (échec avant retour sur investissement) des investissements verts sont équivalents à ceux des produits financiers non durables. 

 

5.3. Le gouvernement, garant de la qualité de Greenfin

 

Le label gouvernemental de la finance verte est une réelle preuve d’engagement environnemental. Cette pastille verte fait partie des dispositifs ambitieux de l’investissement responsable :

  • C’est un référentiel élaboré par le Ministère de la Transition écologique et solidaire, avec l’appui d’un comité de spécialistes indépendants.
  • Greenfin est attribué et audité par des organismes indépendants 
  • Les fonds labellisés par Greenfin sont régulièrement contrôlés 
  • Les critères d’attribution du label Greenfin sont ambitieux, à l’instar de ses strictes exclusions, de la part verte accordée aux investissements ou à la stratégie ESG des sociétés de gestion de portefeuille.

 

5.4. Les limites du label

 

Dans les critères de labellisation, une poche de diversification est autorisée : les fonds peuvent investir dans des structures n’ayant pas ou peu d’éco-activités (moins de 10 % de leur CA). 

Pour les fonds investis dans des titres cotés, c’est 20 % de votre argent qui peut soutenir ces secteurs non responsables, et 55 % chez des émetteurs réalisant « seulement » 10 % à 50 % de leur chiffre d’affaires dans les éco-activités. 

Source : Plaquette de présentation du label Greenfin, émise par le gouvernement français, 2019. 

 

Bref : le label reste suffisamment souple pour proposer des investissements avec un bon rendement financier… au détriment de la qualité environnementale. Il n’est donc pas garanti que tout l’argent investi contribuera à la transition ! Malgré tout, Greenfin reste un indicateur ambitieux en comparaison des autres dispositifs existants. 

Vous savez désormais à quoi sert le label Greenfin, connaissez les enjeux de la finance verte et êtes certainement convaincu par ses nombreux avantages ! 

Si vous souhaitez à votre tour être labellisé selon les 4 critères définis par le gouvernement français, ou simplement participer à la construction d’une économie plus verte, faites le bilan carbone de votre entreprise et mettez en place une stratégie durable de diminution de vos émissions ! 

 

Sources :

Présentation du label Greenfin, Ministère de la Transition, octobre 2022, consulté en novembre 2022.

Le référenciel du label Greenfin France, Ministère de la Transition, octobre 2021. 

 

Les impacts environnementaux des banques : 

Banking on Climate Chaos Report 2022, Reclaim Finance, 2022.

L'impact des banques sur le climat : tout comprendre,Oxfam France, 2020.

{{newsletter-blog-1}}

Sami vous parle climat 💌

Chaque mois nos conseils pour votre engagement climat professionnel, suivis par plus de 2000 personnes 🧡

Un article, une analyse exclusive, une actualité et un exemple d'entreprise engagée.

Sur la même thématique

Nos autres articles pour aller plus loin, écrits avec autant de passion 👇

Illustration Blogpost
💡 Fiches pratiques
4/1/2023
8 mins

Checklist de l’engagement climatique, ou comment faire sa part pour le climat en entreprise

Engager son entreprise pour le climat peut être difficile : on ne sait pas où commencer, qu'est-ce qu'on doit faire... Alors voici une checklist complète pour vous aider à faire votre part !

Louise Esperou

Content Lead @Sami, partie pour de nouvelles aventures décarbonantes 👋

Illustration Blogpost
💡 Fiches pratiques
27/12/2022
07 mins

Le bilan carbone, bientôt une exigence B Corp™

7 minutes pour découvrir les 10 nouvelles exigences à remplir pour obtenir la labellisation B Corp !

Camille Morin

Chief of Staff @Sami

Illustration Blogpost
💡 Fiches pratiques
23/12/2022
7 mins

Normes environnementales : lesquelles, pourquoi, comment ?

Découvrez la liste des normes environnementales incontournables et apprenez à bien les choisir pour votre stratégie RSE.

Bérénice Bieuville

Rédactrice et briseuse de mythes @Sami, Stratège marketing @Oser Vert

Les commentaires

Merci, votre commentaire a bien été envoyé et sera publié dès validation par notre équipe 🤓
Votre commentaire n'a pas été envoyé, veuillez réessayer et nous contacter si le problème persiste 🤔
Pas encore de commentaire, soyez le premier à réagir ✍️