Formation professionnelle : quel bilan carbone et quelles solutions ?

Baptiste Gaborit

Rédacteur Climat

Déplacements de formateurs et de stagiaires, consommation énergétique des centres de formation, équipements numériques : les organismes de formation ont une empreinte carbone réelle même si elle reste évidemment moins importante que celle d’autres secteurs bien plus carbonés.

Et ce sujet est d'autant plus stratégique que le secteur de la formation professionnelle occupe une position singulière dans la transition écologique : ce sont ses formations qui vont permettre aux salariés de développer les compétences nécessaires pour décarboner l'économie.

En d'autres termes, les organismes de formation sont à la fois acteurs de la transition, par leur propre décarbonation, et accélérateurs de celle des autres par les compétences qu'ils transmettent.

Dans cet article, nous vous proposons un tour d'horizon complet : pourquoi mesurer son bilan carbone quand on est un organisme de formation, quels sont les principaux postes d'émissions, et quels leviers actionner pour réduire concrètement son empreinte.

1. Pourquoi mesurer le bilan carbone des acteurs de la formation professionnelle ?

Une empreinte réelle mais encore largement non mesurée

Le secteur de la formation continue regroupe des milliers d'acteurs en France : organismes de formation, universités d'entreprise, OPCO, CFA, écoles de commerce et d'ingénieurs, centres de formation des apprentis…

La diversité de ces structures, et le fait qu'elles soient très majoritairement des TPE ou PME, explique en grande partie pourquoi leur empreinte carbone collective reste aujourd'hui difficile à chiffrer.

Pourtant, comme le rappelle le rapport du Shift Project publié en mars 2025 sur la formation des actifs pour la transition écologique, les activités de formation ont des déterminants physiques qui nécessitent de l'énergie et doivent être décarbonés : des formateurs et des stagiaires qui se déplacent, des bâtiments qui consomment de l'énergie, des équipements numériques dont l'impact ne cesse de croître.

Une pression réglementaire et commerciale croissante

La dynamique réglementaire pousse les acteurs du secteur à s'emparer du sujet. La loi Climat et Résilience, le cadre CSRD pour les grandes entreprises, mais aussi les exigences de leurs clients (entreprises, collectivités, OPCO) qui intègrent de plus en plus des critères environnementaux dans leurs appels d'offres et leurs décisions d'achat de formation.

Cette évolution est structurante pour les organismes de formation : leur empreinte carbone et leur stratégie RSE deviennent des facteurs de différenciation concurrentielle. Dans un secteur très fragmenté et très concurrentiel, s'engager dans une démarche de décarbonation, c'est aussi se distinguer sur le marché.

Un rôle central dans la transition écologique

Au-delà de leur propre empreinte, les organismes de formation jouent un rôle central dans la transition écologique de l'ensemble de l'économie. Ce sont eux qui forment les futurs experts en bilan carbone, les spécialistes de l'éco-conception, les responsables RSE, les opérateurs industriels formés aux nouvelles pratiques bas carbone.

La contribution attendue de la formation continue est d'abord et avant tout de permettre le développement de compétences concourant à la transition écologique.

C'est pourquoi la réduction de l'empreinte environnementale des organismes ne doit pas faire perdre de vue leur mission première : préparer les actifs à la transition écologique.

2. Les principaux postes d'émissions du secteur de la formation

2.1 Les déplacements : le poste dominant, de loin

C'est sans conteste le premier poste d'émissions pour les organismes de formation. Les déplacements des formateurs, des salariés ou des stagiaires peuvent représenter plus de 50 % des émissions totales, et parfois jusqu'à 75 % pour les organismes qui accueillent des stagiaires en présentiel venant de zones géographiquement éloignées.

Cette prédominance s'explique très simplement : dans la grande majorité des cas, ces déplacements sont effectués en voiture individuelle, dont les émissions au kilomètre sont sans commune mesure avec celles des alternatives.

Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les chiffres de la Base Empreinte de l'ADEME :

1 km en voiture thermique = 218 gCO₂e
1 heure de visioconférence avec 20 participants = 158 gCO₂e au total (Sources : Base Empreinte ADEME)


Ces deux chiffres racontent à eux seuls l'essentiel du problème : une heure de visioconférence avec vingt participants émet moins qu'un seul kilomètre parcouru en voiture. Le mode de délivrance des formations est donc un levier carbone central.

2.2 Les locaux : énergie et construction

Le deuxième poste significatif concerne les locaux : construction des bâtiments, chauffage, climatisation, électricité. Ce poste est variable selon l'ancienneté des bâtiments et leur performance énergétique.

Les centres de formation installés dans des bâtiments anciens, mal isolés et chauffés au gaz ou au fioul, peuvent voir ce poste peser de façon non négligeable dans leur bilan carbone total.

La consommation énergétique des salles de formation, l'éclairage, les systèmes de chauffage et de climatisation sont autant de leviers d'action disponibles dès aujourd'hui pour réduire ce poste.

2.3 Le numérique : un poste en croissance rapide

Le numérique constitue un troisième poste à ne pas sous-estimer, d'autant plus que sa croissance est rapide. Il recouvre deux réalités distinctes.

D'un côté, le matériel informatique : ordinateurs, tablettes, vidéoprojecteurs, équipements des salles de formation. La fabrication de ces équipements est très intensive en carbone et leur renouvellement fréquent peut représenter une part significative de l'empreinte totale d'un organisme.

De l'autre, les services numériques : plateformes LMS, outils de visioconférence, stockage cloud, réseaux et de plus en plus désormais l’IA. Ces usages sont aujourd'hui moins émissifs que le matériel mais leur croissance est rapide avec la généralisation du e-learning et de l'intelligence artificielle dans les pédagogies.

Cela représente un risque non négligeable à moyen terme et l'accroissement du recours à des formats numériques doit être questionnée sous l'angle de son impact climatique et énergétique.

{{newsletter-blog-3}}

3. Comment réduire le bilan carbone du secteur de la formation professionnelle ?

3.1 Agir sur les déplacements : le levier prioritaire

Puisque les déplacements représentent la majorité de l'empreinte carbone du secteur, c'est ici que les efforts doivent être concentrés en priorité.

Auprès des salariés et formateurs :

  • Mettre en place un plan de mobilité : sensibilisation, promotion du covoiturage, prise en charge des abonnements aux transports en commun, indemnité vélo
  • Autoriser et encourager le télétravail pour les fonctions qui le permettent
  • Prioriser le train sur l'avion et la voiture pour les déplacements professionnels longue distance

Auprès des apprenants et stagiaires :

  • Communiquer systématiquement, dès l'envoi de la convocation, sur les possibilités de venir en transports en commun ou à vélo
  • Choisir des locaux bien desservis par les transports en commun lors du renouvellement des baux

Sur le format des formations :

C'est probablement le levier le plus structurant à moyen terme. Plusieurs approches sont possibles selon la nature des formations :

  • Mettre en place des formations 100 % à distance pour les formations courtes ou les contenus qui s'y prêtent
  • Opter pour un mix présentiel/distanciel (par exemple 60 % en présentiel et 40 % en distanciel) pour les formations longues, en concentrant le présentiel sur les séquences où la dynamique de groupe et la pratique sont indispensables
  • Conclure des partenariats avec des tiers-lieux pour que les apprenants éloignés puissent suivre leurs formations dans des espaces proches de leur domicile, sans avoir à parcourir de longues distances jusqu'au centre de formation principal

3.2 Décarboner les locaux

Les actions sur les bâtiments sont bien connues et éprouvées :

  • Conduire un audit énergétique pour identifier les principaux gisements d'économies
  • Investir dans la rénovation thermique : isolation des murs, des toits, remplacement des fenêtres
  • Déployer des énergies renouvelables ou décarbonées : panneaux photovoltaïques en toiture, approvisionnement en électricité verte tracée, pompes à chaleur
  • Mettre en place des mesures de sobriété : régulation de la température, extinction automatique des équipements, éclairage LED


Ces actions ont une double vertu : elles réduisent l'empreinte carbone et elles réduisent les factures énergétiques, avec un retour sur investissement souvent rapide. C’est d’autant plus capital que nous vivons en 2026 une crise énergétique majeure.

3.3 Réduire l'empreinte numérique

Sur le numérique, trois principes directeurs guident les meilleures pratiques :

  • Allonger la durée de vie du matériel informatique : réparation plutôt que remplacement, recours au matériel reconditionné pour les nouvelles acquisitions
  • Adopter le BYOD (Bring Your Own Device) : permettre aux apprenants d'utiliser leur propre matériel plutôt que de fournir systématiquement des équipements supplémentaires
  • Questionner les usages numériques pédagogiques : avant de déployer des technologies immersives ou IA-intensives, évaluer leur apport pédagogique réel au regard de leur impact énergétique

Lire notre article sur le bilan carbone de l’IA et les leviers pour maîtriser cet impact

3.4 Mesurer pour piloter : la première étape incontournable

Avant de pouvoir réduire, il faut mesurer. Conduire un bilan carbone rigoureux, conforme à la méthode Bilan Carbone® ou au GHG Protocol, permet d'identifier les postes d'émissions prioritaires, de définir une trajectoire de réduction crédible et de suivre ses progrès dans le temps.

Cette démarche de mesure peut aussi constituer le point de départ d'une mobilisation interne plus large : ateliers de sensibilisation, dialogue stratégique sur la transition écologique de l'organisation, cohérence entre les valeurs portées dans les formations et les pratiques internes.

Elle est porteuse de sens pour les équipes, et particulièrement pour les professionnels de la formation qui ont souvent un engagement fort sur ces sujets.

4. Sami, l'expertise carbone des acteurs de la formation

Sami accompagne depuis plusieurs années de nombreux acteurs du secteur de l'éducation et de la formation professionnelle dans la réalisation de leur bilan carbone et l'élaboration de leur stratégie climat.

Notre approche combine une plateforme logicielle puissante et intuitive pour la collecte et l'analyse des données d'émissions, et un accompagnement expert pour construire une stratégie de réduction des émissions adaptée aux spécificités du secteur.

Concrètement, nous aidons les organismes de formation à :

  • Cartographier l'ensemble de leurs émissions, des déplacements aux locaux en passant par le numérique
  • Identifier les postes prioritaires et les leviers d'action les plus efficaces
  • Identifier les actions qui vont permettre un retour sur investissement rapide
  • Construire un plan de réduction des émissions crédible et aligné avec les objectifs climatiques
  • Répondre aux exigences croissantes de leurs clients et partenaires en matière de reporting environnemental

{{newsletter-blog-3}}

5. Sami Academy, acteur de la formation bilan carbone

Au-delà de son activité d'accompagnement des entreprises dans leur décarbonation, Sami est aussi un acteur de la formation professionnelle à travers Sami Academy.

Sami Academy propose des formations certifiantes et qualifiantes sur la comptabilité carbone et la stratégie climat, à destination des professionnels qui souhaitent monter en compétences sur ces sujets : chargés RSE, consultants, dirigeants, chefs de projet transition écologique.

Nous sommes ainsi un des rares opérateurs en France à proposer les formations officielles Bilan Carbone® de l’Association pour la transition bas carbone (ABC).

Découvrir les formations Sami Academy



Notre offre de formation comprend notamment :

  • Bilan Carbone® Découverte : pour comprendre les bases de la comptabilité carbone et du Bilan Carbone®
  • Bilan Carbone® Initiation : pour acquérir les compétences opérationnelles pour réaliser un bilan carbone en interne
  • Bilan Carbone® Maîtrise : pour les professionnels qui souhaitent approfondir leur expertise, piloter des projets de décarbonation complexes et pour les consultants qui souhaitent vendre des prestations Bilan Carbone®
  • Formations sur-mesure : pour les équipes qui souhaitent une formation adaptée à leurs enjeux spécifiques (enjeux sectoriels, méthodologie GHG Protocol, session réservée aux membres d’une même entreprise…)

Conclusion

Le secteur de la formation professionnelle est aujourd'hui confronté, comme tous les secteurs, à la nécessité de mesurer et de réduire son empreinte carbone.

Les données disponibles dessinent un tableau clair : les déplacements des formateurs et des stagiaires constituent de loin le principal poste d'émissions, devant les locaux et le numérique.

Des leviers concrets existent pour réduire cette empreinte : développement du distanciel et des formats hybrides, partenariats avec des tiers-lieux, plans de mobilité, rénovation énergétique, allongement de la durée de vie du matériel informatique.

Mais la spécificité du secteur réside dans sa double mission : décarboner ses propres activités et former les actifs qui décarboneront l'économie dans son ensemble. C'est ce double impératif qui rend la démarche particulièrement porteuse de sens pour les professionnels de la formation.

Newsletter

Mission Décarbonation

Chaque mois, un décryptage de l’actualité climat des entreprises et nos conseils pour vous décarboner, suivis par plus de 5000 responsables RSE.

Ne ratez plus les dernières actualités climat et anticipez
les nouveautés réglementaires !

Votre bilan carbone et votre plan d'actions avec Sami

Sami accompagne de très nombreux acteurs de la formation professionnelle et de l'éducation

Recevez notre newsletter !

Sur la même thématique

Nos autres articles pour aller plus loin, écrits avec autant de passion 👇

Illustration Blogpost

SBTi FLAG : des objectifs de décarbonation pour le secteur de l’agriculture, des forêts et des sols

Et si les entreprises du secteur de l’agriculture, des forêts et des sols pouvaient se fixer des objectifs de décarbonation ambitieux et robustes ? C’est ce que permet la méthode SBTi FLAG.

Bérénice Bieuville

Rédactrice climat

Illustration Blogpost

Vol en montgolfière: quelle empreinte carbone?

Empreinte carbone d'un vol en montgolfière, consommation de propane, alternatives pour en faire une activité plus éco-responsable et moins carboné : on vous dit tout !

Tanguy Robert

Co-founder & co-CEO @Sami, coureur amateur et papa bas-carbone

Illustration Blogpost

Crédit Carbone : Définition et Fonctionnement

Les différents types de crédits carbones, leurs mécanismes d'attribution, les prix du marché : on vous explique tout dans notre article.

Grégoire Guirauden

Co-founder @Riverse, Permettre aux solutions bas-carbone de monétiser leur impact

Les commentaires

Merci, votre commentaire a bien été envoyé et sera publié dès validation par notre équipe 🤓
Votre commentaire n'a pas été envoyé, veuillez réessayer et nous contacter si le problème persiste 🤔
Pas encore de commentaire, soyez le premier à réagir ✍️