Agroalimentaire : quel bilan carbone et quelles solutions ?

Baptiste Gaborit

Rédacteur Climat

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Environ ⅓ des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Voilà ce que représente l’impact de la consommation alimentaire dans le monde selon les chiffres dévoilés dans ce rapport publié en 2019 par l’institut de l’économie pour le climat (I4CE)

Ce résultat, frappant, a été obtenu en compilant plusieurs études scientifiques sur le sujet. Et en prenant en compte toute la chaîne alimentaire, depuis les émissions générées par la conversion des terres jusqu'au traitement des déchets alimentaires, en passant par la production agricole, la transformation ou encore la distribution. 

En 2019, à l’initiative du Club d’ingénierie prospective énergie et environnement, plusieurs centres de recherche, des centres techniques, des entreprises (ADEME, CIRED, CNRS, IDDRI, EDF…) ont travaillé sur le projet CECAM, contenu énergétique et carbone de l’alimentation des ménages. Dans leur rapport, ils estimaient que les émissions de gaz à effet de serre issues de l’alimentation des Français s’élevaient à 163 millions de tonnes de CO2e, soit 24% de l’empreinte carbone des ménages en FranceDans un rapport publié le 25 janvier 2024, le Haut Conseil pour le climat évalue de son côté à 22% la part de l’alimentation dans l’empreinte carbone globale des Français.

Autant dire que la réduction des émissions de GES liées à l’alimentation est un enjeu majeur de ces prochaines décennies, en France et dans le monde. Un enjeu majeur et un sujet hautement sensible. 

D’abord parce que l’alimentation est le bien le plus essentiel pour les populations et que satisfaire ce besoin dans le respect des limites planétaires doit être une priorité. Ensuite, parce que les émissions liées à ce secteur sont susceptibles d’augmenter sensiblement à l’échelle mondiale dans les prochaines années. Compte tenu des prévisions démographiques et des changements de régimes alimentaires, elles pourraient ainsi quasiment tripler d’ici 2050, selon cette étude publiée en 2018. Enfin, parce que la chaîne alimentaire est tout à la fois une cause, une victime et une solution face au changement climatique. Une cause de par les émissions qu’elle engendre. Une victime car l’agriculture est aujourd’hui l’un des principaux secteurs touchés par les risques climatiques (sécheresses, pluies extrêmes, inondations, risques réglementaires…), en France et dans le monde, entraînant des risques pour les agriculteurs et l’ensemble de l’industrie agro-alimentaire (coopératives, industries transformatrices, distribution). Et une solution car la transformation de l’agriculture et de tout le secteur permettrait tout à la fois de lutter contre le réchauffement climatique et de protéger les professionnels du secteur.  

Quels sont les principaux postes d’émissions ? Quels sont les leviers pour réussir à réduire l’empreinte carbone du secteur ? Les solutions existent et de nombreuses entreprises, dont certaines que nous accompagnons, ont pris conscience de l’urgence à agir et mettent en place des stratégies ambitieuses. 

1. Les principaux postes d’émissions de la chaîne alimentaire

D’abord, commençons par ce graphique tiré de l’étude précédemment citée de l’I4CE et qui permet d’avoir une vision globale des principales étapes émettrices de GES dans l’alimentation. 

Et ce graphique, tiré de l’étude CECAM, sur les émissions de l’alimentation en France : 

Source : « L’empreinte énergétique et carbone de l’alimentation en France », Club Ingénierie Prospective Energie et Environnement, Paris, IDDRI

   

1.1 La production agricole

C’est la première étape mais c’est surtout celle qui est, et de très loin, la plus émettrice de toute la chaîne alimentaire. Dans les deux cas, que ce soit les émissions de l’alimentation dans le monde ou en France, cette phase représente environ ⅔ des émissions totales. Et cela s’explique assez bien. 

Selon le dernier rapport du Haut Conseil pour le Climat, les émissions du secteur de l’agriculture ont atteint 76,5 Mt CO2e, soit 18,4% des émissions totales dans le pays. Ce qui en fait le 2eme secteur le plus émissif, derrière les transports (32%) mais devant l’industrie (18%).

Dans l’étude CECAM, les auteurs ont eux pris en compte d’autres émissions comme celles liées à la fabrication des engrais azotés et d’autres consommations indirectes. Ils arrivent à une estimation de 108 Mt CO2e.  

Les principaux postes d’émissions peuvent se décomposer de la façon suivante : 

  • Les émissions de l’élevage

Les émissions de méthane (CH4) représentent entre 45 et 55% (selon les rapports) des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur de l’agriculture. Or, ces émissions de CH4, elles proviennent d’abord de la fermentation entérique des animaux d’élevage. La fermentation entérique, c’est un processus naturel de digestion chez les ruminants (bovins, ovins, caprins) permettant de transformer les aliments en nutriments. Ce processus émet du méthane qui est ensuite éructé par les animaux. Une vache relâche ainsi jusqu’à 600L de méthane par jour, contre 60L pour un mouton. 

Les effluents, c’est-à-dire les déjections animales, rejettent également du méthane. C’est particulièrement vrai pour les effluents gérés sous forme de fumier en litière. 

C’est d’autant plus problématique que le méthane a un potentiel de réchauffement global 28 fois plus important que le CO2, selon les dernières données du GIEC. 

Conclusion : 55% des émissions mondiales de l’élevage sont issues directement du bétail, via la fermentation entérique et les effluents. C’est ce qui fait aussi de l’élevage le principal contributeur aux émissions de l’agriculture. Et dans des proportions très importantes. 

Selon les données officielles du CITEPA, reprises par le Haut conseil pour le climat, l’élevage représente ainsi 60% des émissions du secteur.

Mais cette proportion peut grimper. Dans le rapport de l’Ademe, les auteurs ont choisi de comptabiliser dans l’élevage les émissions liées à la fermentation entérique et aux effluents mais aussi les émissions liées à la fertilisation des cultures qui sont destinées à l’alimentation des animaux : cultures fourragères, céréales ou encore sous-produits oléagineux. Les aliments pour animaux représentent une part importante de l’empreinte carbone de l’élevage. Résultat : la viande et les produits laitiers représentent 85% des émissions totales de la production agricole ! C’est colossal. 

Rien d’illogique en réalité puisqu’entre les prairies, les cultures fourragères, les cultures céréalières, la viande et les produits laitiers mobilisent plus de 80% de la surface agricole française. 

D’ailleurs, on parle de viande mais on pourrait être bien plus précis car l’impact majeur revient aux ruminants et surtout à la viande bovine avec 83% des émissions de l’élevage selon les données officielles. La volaille, l’élevage porcin ou ovin pèsent assez peu.

Source : rapport Secten 2023, CITEPA

  • Les émissions des cultures 

Les émissions des cultures représentent 27% des émissions totales du secteur agricoles. Et elles sont principalement liées à l’utilisation de fertilisants minéraux et organiques (fumier, lisier, boues, compost…) pour la culture des sols. On parle notamment des engrais azotés. Ils émettent du protoxyde d’azote (N2O), un puissant gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement global à 100 ans est 265 fois plus élevé que le CO2. 

Selon le GIEC, 1% environ de l’azote épandu est volatilisé sous forme de protoxyde d’azote. 

Deux autres sources d’émissions de N2O sont importantes : 

  • le lessivage des sols : une partie des nitrates lessivés, notamment au cours de la période hivernale, sont convertis en protoxyde d’azote après une réaction chimique. 
  • La volatilisation de l’ammoniac : une partie de l’ammoniac volatilisé après l’épandage d’engrais azotés se redépose sur les sols et est à son tour converti en protoxyde d’azote. 

Selon le rapport 2023 des émissions de gaz à effet de serre et des polluants atmosphériques en France publié par le CITEPA, le centre interprofessionnel d’études de la pollution atmosphérique, le secteur de l’agriculture est à l’origine de 87% des émissions de protoxyde d’azote en France

  • Les émissions résiduelles des exploitations

Il s’agit, selon le rapport du CITEPA, notamment des émissions des engins, des moteurs et des chaudières en agriculture et donc des émissions liées aux combustibles utilisés. Elles représentent environ 14% des émissions totales de la production agricole

Dans le rapport de l’ADEME publié en 2021, les émissions indirectes liées par exemple à la fabrication des engrais azotés et d’autres intrants (produits phytosanitaires) étaient prises en compte dans ces émissions. Elles atteignent dans ce cas-là 21% du total des émissions du secteur de la production agricole. 

1.2 Les transports 

Dans l’étude CECAM publiée en 2019, les auteurs ont estimé les émissions des transports de marchandises générées par l’alimentation de tous les ménages français. Résultat, cette phase représente 22,1 Mt CO2e, soit environ 13% de l’empreinte carbone de l’alimentation en France

Le transport des marchandises représenterait un trafic d’un peu plus de 200 milliards de tonnes-kilomètres (t.km) par an. 

Les aliments produits à l’étranger mais importés en France pour l’alimentation des ménages ou celle des animaux d’élevage pèsent pour 77% du trafic mais “seulement” 53% des émissions. Cela s’explique par le mode de transport : la majorité des importations arrive par transport maritime, bien moins émetteur que l’avion évidemment mais aussi que le transport routier. A l’inverse, les produits “Made in France” représentent 23% du trafic mais 47% des émissions car acheminés par la route. Le transport routier au total représente ainsi 83% des émissions du transport des produits alimentaires. L’avion, lui, ne représente que 0,5% du trafic mais 5% des émissions. 

A noter que ⅓ du trafic total de transports de marchandises concerne les aliments pour animaux d’élevages, des tourteaux notamment. Et que cela représente 19% des émissions totales du transport. Ce qui renforce le poids de l’élevage dans l’empreinte carbone de l’alimentation. Les fruits et les légumes pèsent, eux, pour ¼ du trafic total. 

1.3 Transformation des produits bruts

Ce sont toutes les industries qui opèrent en aval de la production agricole pour transformer les produits bruts, en sachant qu’il peut y avoir plusieurs niveaux de transformation. Ces produits sont ensuite distribués pour être consommés. 

Cette phase de transformation des produits alimentaires représente, selon l’Ademe, un peu plus de 9 Mt CO2e, soit 5,5% des émissions de l’alimentation en France. C’est la 3ème étape la plus émettrice. 

Les principales émissions directes des industries transformatrices sont les consommations d’énergies associées aux processus de transformation des aliments et aux systèmes de froid pour les conserver. 

1.4 Le transport des ménages pour les achats de produits alimentaires

C’est la 4ème phase la plus émettrice de la chaîne alimentaire avec 8,5 Mt CO2e estimées, soit 5% des émissions de toute la chaîne alimentaire

Les auteurs du rapport CECAM ont inclus les trajets effectués par les ménages pour acheter des produits alimentaires et ceux réalisés pour la restauration hors domicile (cafés, restaurants…). Pour ces deux motifs, les trajets s’élèvent tout de même à 1360 kilomètres par personne et par an en moyenne en France, effectués en grande majorité en voiture, beaucoup des sites de distribution (supermarchés notamment) étant situés en périphérie et souvent accessibles uniquement en voiture. 

Sur les 1360 kilomètres, 20% le sont pour des repas hors domicile. 

Enfin, dernier chiffre, sur la totalité des consommations d’énergies associées, plus de 99% sont des carburants d’origine fossile. 

1.5 La distribution : grande distribution, commerces et restauration hors domicile

Cette étape de la distribution et de la restauration hors domicile représente 4,7% des émissions totales de l’alimentation en France, soit relativement équivalent aux déplacements des ménages pour les achats alimentaires. 

Sont compris dans cette étape les sites de distribution (grande distribution, commerces de gros, commerces de proximité) et les sites de restauration hors domicile (cafés, restaurants mais aussi sites de restauration dans des établissements accueillant du public comme les établissements scolaires, les hôpitaux ou encore les maisons de retraite). 

A noter que pour tous ces établissements, le chauffage et la cuisson sont les deux principaux postes de consommations d’énergies et d’émissions de CO2e avec 78% des émissions totales du tertiaire. Viennent ensuite les émissions issues du froid alimentaire. 

Enfin, dernier élément important : en ne considérant que les consommations d’énergies nécessaires à la préparation d’un repas (cuisson, appareils, froid alimentaire), un repas pris hors domicile est 1,8 fois plus émissif qu’un repas pris à domicile. En considérant les autres consommations d’énergies (chauffage, éclairage…), c’est même 3 fois plus émissif. 

1.6 La consommation au domicile des ménages

Cette étape représente 4,5% des émissions totales

A noter que la cuisson (four, plaques) est responsable de 75% des émissions de CO2e de l’alimentation à domicile, le reste étant l’électricité pour les autres usages (froid/congélation, équipements de cuisine et lave-vaisselle). 

1.7 Le gaspillage

Dans le rapport 2019 de l’Ademe, du CNRS et des autres acteurs du projet CECAM, le gaspillage alimentaire n’est pas chiffré en tant que tel et n’apparaît donc pas dans les postes d’émissions. 

Mais l’agence pour la transition écologique en France s’était déjà penché sur le sujet. Dans une étude inédite publiée en 2016, après avoir analysé les pertes filière par filière et à chaque étape de la chaîne alimentaire, l’ADEME estimait que le gaspillage alimentaire en France représente chaque année 10 millions de tonnes annuelles perdues, soit 150 kilos par personne. L’impact carbone associé est lui aussi ahurissant : un peu plus de 15 millions de tonnes de CO2e. Cela représente près de 10% des émissions totales de la chaîne alimentaire, 3% des émissions de CO2e en France. 

Cet impact carbone a été calculé par l’ADEME en considérant qu’il faut produire en plus l’équivalent de ce qui est perdu pour satisfaire aux besoins de consommation à hauteur égale. Il faut ajouter que le traitement de ces déchets alimentaires représente des émissions (transport, traitement) et que ceux qui sont en décharge ou incinérés génèrent des émissions de méthane.

2. Comment ces émissions se traduisent dans le bilan carbone des entreprises ?

Sami a déjà accompagné une trentaine d’entreprises du secteur agro-alimentaire : coopératives agricoles, industries transformatrices ou encore restaurants. 

Voici quelques exemples, tous anonymisés bien sûr, des bilans carbone réalisés pour ces entreprises afin d’illustrer la structure de leurs émissions. 

2.1 Coopérative agricole

Voici par exemple le bilan carbone d’une importante coopérative que nous accompagnons depuis plusieurs années et qui est spécialisée dans l’achat/revente de fruits et de légumes. 

 

Source : Sami

Sans surprise, le principal poste d’émissions est bien celui des intrants, c’est-à-dire les produits agricoles qui sont achetés par la coopérative auprès de leurs agriculteurs partenaires. 

Le deuxième poste est celui du fret, les activités d’une coopérative nécessitant de nombreux trajets en amont pour acheminer les produits agricoles et en aval vers les sites de transformation ou de distribution. Dans ce cas précis, la totalité des trajets sont effectués en transport routier, notamment avec des camions frigorifiques.   

Ces deux postes d’émissions représentent à eux seuls plus de 90% des émissions de l’entreprise. 

2.2 Entreprises de l’industrie agro-alimentaire

Deux exemples avec deux entreprises que nous accompagnons. 

La première est une entreprise qui commercialise des produits végétariens. 

Source : Sami

Là encore, ce sont les intrants donc les matières premières agricoles qui représentent le premier poste d’émissions de l’entreprise, avec 50% des émissions totales. A noter qu’il s’agit de produits uniquement végétariens et donc des produits agricoles pourtant peu émissifs comparés aux produits issus de l’élevage. Il est intéressant de noter également que les emballages sont le deuxième poste d’émissions (14%) et donc un sujet à prendre en compte dans les plans d’action. 

Deuxième exemple avec une entreprise de l’agroalimentaire bien connue en France. 

Source : Sami

Malgré une taille et des volumes bien plus importants que l’entreprise précédente, on retrouve une structure des émissions assez équivalente avec encore une fois la prépondérance des matières premières agricoles dans les émissions totales. A noter que la fabrication est comprise dans les intrants mais qu’elle ne pèse que 4% des émissions associées. C’est donc bien les achats de matières premières qui pèsent le plus, et de très loin. Ici, le poids des intrants monte même jusqu’à ¾ des émissions totales de l’entreprise, avec notamment des achats importants de produits agricoles issus de l’élevage (produits laitiers). Les emballages et le fret complètent le podium des postes les plus émissifs. 

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3. Comment réduire le bilan carbone du secteur ? 

3.1 La végétalisation de l’offre, un levier clé

On l’a vu au début de cet article, la viande et le lait représentent 85% des émissions de la production agricole qui elle-même représente environ les ⅔ des émissions de la chaîne alimentaire en France. Autrement dit, il n’y aura pas de réduction majeure des émissions du secteur agro-alimentaire sans baisse de la production et de la consommation de produits issus de l’élevage. 

“La seule et unique manière de se décarboner lourdement, c’est de végétaliser son offre ou ses approvisionnements. Un restaurant qui propose de la viande rouge peut proposer de la viande rouge un peu moins carbonée (viande plus locale, partenariat avec des éleveurs qui travaillent sur l’alimentation des bovins…) mais de la viande rouge bas carbone, ça n’existe pas. Pareil pour une entreprise de l’industrie transformatrice qui utilise de la viande rouge en matière première. Donc pour ce type d’entreprises, on leur propose de faire évoluer leur modèle économique de long terme.”

Alexis Lepage, consultant Sami, expert du secteur agro-alimentaire. 

Dans le projet CECAM (Contenu énergétique et carbone de l’alimentation des ménages), les auteurs estiment qu’en “réduisant d’environ la moitié de la consommation de viande et de produits laitiers au profit d’une augmentation de la consommation d’aliments végétaux, associée à une évolution des pratiques agricoles plus économes en intrants et à une réallocation des terres agricoles”, les émissions de la production agricole seraient divisées par deux. Les émissions du transport de marchandises liées aux importations baisseraient elles de 25%. 

“Il ne s’agit pas de dire qu’il faut tout arrêter. Mais de diversifier. Les quantités de viande qu’on consomme aujourd’hui sont bien trop élevées. Une entreprise qui fait des steaks de bœuf a aussi intérêt à s’approvisionner en légumineuses ou céréales pour faire des steaks végétaux.”

Alexis Lepage

3.2 L’éco-conception des emballages

On le voit dans les rayons, les emballages dans l’agro-alimentaire sont omniprésents. Et pour les entreprises transformatrices, ils sont un poste important d’émissions, en plus de représenter des déchets qui parfois ne finissent pas dans les circuits de collecte et viennent s’ajouter à la pollution plastique par exemple. 

Dans nos deux exemples, les emballages représentent 14 et près de 11% des émissions, 2eme poste le plus important à chaque fois. C’est un enjeu d’autant plus important dans les entreprises qui ont déjà fait un gros travail sur la nature des matières premières. A mesure que ces dernières sont de moins en moins émissives (produits issus de l’agro écologie, gammes végétariennes ou vegan), les emballages prennent plus de poids dans les émissions totales. C’est là qu’intervient l’écoconception : matières éco conçues, matières recyclées voir à terme aller vers du zéro emballages. A noter que les enjeux autour des emballages sont très élevés puisqu’au-delà de l’écoconception, il faut arriver à trouver des emballages qui respectent les normes sanitaires, qui protègent correctement le produit ou encore qui sont compatibles avec certains modes de cuisson.

Il est tout à fait possible d’analyser les émissions d’un emballage via une analyse de cycle de vie (ACV) du produit afin ensuite de réduire son empreinte carbone. 

En matière d’écoconception des produits, un autre axe de travail pour les entreprises du secteur des industries agro-alimentaires consiste à améliorer l’efficacité énergétique des usines : machines moins émettrices, réduire les émissions liées au système de froid, récupération de la chaleur fatale ou encore isolation thermique des bâtiments. Les gains attendus en termes d’émissions sont plus faibles que la végétalisation de l’offre par exemple, mais ils ne sont pas anecdotiques non plus : les industries agroalimentaires représentent tout de même 15% des consommations d’énergie sur toute la chaîne alimentaire. 

Mêmes recommandations ou presque pour le tertiaire (grande distribution, petits commerces, restaurants) : isolation thermique, électrification du mix énergétique; efficacité des systèmes de froid. Le tertiaire représente 13% des consommations d’énergie du secteur. 

3.3 Les transports

C’est un levier important notamment pour les coopératives qui disposent de leur propre flotte de véhicules et pour lesquelles le fret est un poste important d’émissions. Dans notre exemple évoqué précédemment, le fret représentait ainsi un peu plus de 40% des émissions. 

Pour les entreprises concernées, cela passera notamment par un changement de motorisation des véhicules : électrification, biogaz et peut-être hydrogène vert dans les prochaines années ou prochaines décennies. 

En termes d’approvisionnements, il faut privilégier les fournisseurs locaux, les produits de saison. C’est notamment le cas sur les fruits car le transport représente le premier poste d’émissions dans l’empreinte carbone de ces produits, ce qui n’est pas le cas pour les légumes ou les produits issus de l’élevage. 

3.4 S’adapter

“Si aujourd’hui on accompagne une entreprise en se contentant de parler du volet atténuation c’est-à-dire de la réduction des émissions, on passe à côté d’une partie du sujet. Ne pas s’adapter dans le même temps, c’est prendre un risque énorme car la chaîne alimentaire est ultra sensible aux risques climatiques.”

Alexis Lepage

L’agriculture est en fait un des secteurs les plus touchés, déjà, par les conséquences du changement climatique entraînant des risques pour toute la chaîne alimentaire. Quelques exemples ces dernières années, relevés notamment dans le dernier rapport du Haut Conseil pour le Climat

  • dérèglement du cycle des cultures : avec les hivers doux, les bourgeons sont de plus en plus exposés à des épisodes de gel printanier. C’est ce qui s’est passé du 4 au 8 avril 2021 en France avec des dégâts considérables dans les vignobles, les vergers ou sur les cultures céréalières. La FNSEA a chiffré à 2 milliards d’euros les dégâts.  
  • baisse à long terme de la ressource en eau en France, pourtant indispensable à l’activité agricole (irrigation interdite dans 58 départements en août 2022). 
  • baisse de 10,5% des récoltes céréalières en France en 2022. Sous l’effet de la sécheresse, la production de maïs a été la plus faible depuis 1990. Les prix, eux, ont grimpé de 49,2% en un an. 
  • baisse des récoltes de betteraves et de pommes de terre dont les rendements ont été affectés également par la sécheresse. 

Les scientifiques estiment ainsi que depuis 1961, le changement climatique a réduit la croissance de la productivité totale de l’agriculture mondiale de 21%. 

Et ça ne concerne évidemment pas que la production agricole en France. Un exemple avec le cacao. Il est produit majoritairement en Afrique de l’Ouest (75% de la production mondiale), notamment en Côte d’Ivoire (45% de la production mondiale). Le pays subit des pluies de plus en plus intenses qui provoquent la chute des fleurs et favorisent la propagation des maladies. Le phénomène El Nino pourrait également entraîner des sécheresses au cours du 1er semestre 2024. Bloomberg Intelligence anticipe ainsi une baisse de la production de 10% l’année prochaine. Les cours du cacao ont, eux, atteint un plus haut historique en octobre dernier. 

“Les prix du cacao pourraient encore exploser dans les années à venir. On encourage donc nos clients qui en utilisent comme matière première à diversifier leurs sources d’approvisionnement, à se sourcer auprès de producteurs engagés ou à essayer de remplacer le cacao par d’autres produits. Et cela vaut pour beaucoup d’autres matières premières. Il faut trouver celles qui sont les plus résilientes sous peine de mettre son activité en danger."

Alexis Lepage

Cette revue des matières premières et des sources d’approvisionnement doit être aussi l’occasion pour l’entreprise de réfléchir sur des matières premières moins carbonées. 

3.5 La réglementation

La loi Climat et résilience prévoit l’entrée en vigueur le 1er janvier 2024 d’un affichage environnemental dans le secteur de l’alimentaire. Concrètement, il s’agira d’une étiquette environnementale placée sur les emballages qui devra informer les consommateurs de l’impact environnemental du produit. 

Le déploiement de l’affichage environnemental se fera dans un premier temps dans un cadre volontaire avant une mise en oeuvre probablement obligatoire en 2025. 

La méthode de calcul de cet “éco-score”, comme l’appelle le gouvernement, n’est pas encore définie et fait l’objet de controverses puisque certaines ONG craignent notamment que la méthode retenue ne favorise l’agriculture intensive. 

4. Les financements

4.1 Le Diag Décarbon’Action

Cette offre d’accompagnement est opérée par Bpifrance et elle est co-financée par l’ADEME. 

Le Diag Decarbon’Action permet : 

  • De mesurer ses émissions de gaz à effet de serre
  • De mettre en place une stratégie climat pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre
  • Un accompagnement dans la mise en œuvre de premières mesures du plan d’action. 

Sont éligibles les entreprises de moins de 500 salariés n’ayant jamais réalisé de bilan carbone jusque-là. Le dispositif prévoit alors une subvention de : 

  • 4000 euros pour les entreprises de moins de 250 salariés
  • 6000 euros pour les entreprises de plus de 250 à 499 salariés

Et bonne nouvelle, Sami fait partie des entreprises sélectionnées par la BPI pour réaliser les bilans carbone et pour l’accompagnement. 

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4.2 Le Diag Ecoconception

Le Diag Ecoconception est lui aussi opéré par la BPI et co-financé par l’Ademe. 

Objectif du Diag Ecoconception ? Aider les entreprises à améliorer la performance environnementale de leurs produits en finançant une analyse de cycle de vie (ACV) d’un ou de plusieurs produits, services ou procédés. 

Le Diag Ecoconception permet de : 

  • sensibiliser à l’écoconception en interne
  • réaliser une évaluation environnementale basée sur l’ACV du bien ou du service étudié
  • identifier les leviers d’écoconception
  • co-construire et chiffrer le plan d’écoconception à déployer dans l’entreprise

Sont éligibles les entreprises de moins de 250 salariés et qui réalisent moins de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires ou un bilan inférieur à 43 millions d’euros de bilan.

Dans ce cas, le prix après subvention est de : 

 

Là encore, Sami fait partie des entreprises référencées par la BPI pour réaliser des Diag Ecoconception. 

Et pour retrouver les principaux dispositifs d’accompagnement pour votre stratégie bas carbone, rendez-vous sur cet article

Conclusion

“Une réduction ambitieuse des émissions de gaz à effet de serre et une adaptation protectrice nécessitent une planification et des investissements concertés que seul un changement profond des systèmes agro-alimentaires rend possible”. Cette phrase est tirée du rapport publié en janvier 2024 par le Haut conseil pour le climat.

Le Haut conseil, toujours, estime qu’une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole à l'horizon 2050 est réalisable, “à condition d’être accompagnée d’une baisse d’au moins 30 % de consommation de produits d'origine animale et d’un report vers d’autres sources de protéines”. C’est un levier essentiel de la baisse de l’empreinte carbone de l’agriculture en France, tout comme la réduction de l’utilisation des engrais azotés, le recours aux légumineuses et aux pratiques permettant de capter plus de carbone dans les sols : prairies permanentes, haies, cultures intermédiaires et systèmes agroécologiques, en particulier biologiques. Dans le scénario d’une baisse de 50% des émissions en 2050, l’agroécologie et l’agriculture biologique atteignent 50% de la surface agricole utilisée. 

Au-delà de l’agriculture, c’est toute la chaîne alimentaire qui doit se mobiliser. Là encore, les leviers existent : réduire la consommation énergétique des industries agro-alimentaires, raccourcir les chaînes logistiques, électrifier les transports ou encore proposer aux consommateurs une alimentation bas-carbone et de saison. Il faudra aussi par exemple s’assurer que toute l’offre alimentaire (industries, grande distribution, restauration collective) est elle même moins riche en produits d’origine animale pour “éviter que les efforts faits au niveau des élevages en France soient annulés par des importations”. 

Pour y arriver, le Haut conseil pour le climat recommande de mettre en cohérence les politiques agricoles avec les politiques climatiques. Le plan stratégique national et la politique agricole commune, ainsi, ne sont pas “conçus ni dimensionnés pour permettre aux agriculteurs et aux éleveurs de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et de s’adapter au changement climatique”. 

Cela devra passer également par un meilleur soutien financier aux agriculteurs. Et cela fait évidemment écho à la crise agricole et aux multiples actions menées par les agriculteurs depuis le début de l’année 2024, en France et dans d’autres pays européens. Une agriculture durable oui mais il faut qu’elle soit soutenue. Les moyens financiers doivent être réorientés vers les pratiques agricoles bas carbone, les revenus des agriculteurs qui s’engagent dans des pratiques plus durables revalorisés. 

C’est en activant tous ses leviers et avec une approche d’ensemble - revalorisation des revenus, agroécologie, baisse de la consommation des produits d’origine animale entre autres - que l’on pourra réussir à réduire sensiblement les émissions de la chaîne alimentaire tout en protégeant les agriculteurs et les professionnels en aval du risque majeur que fait peser le changement climatique sur ce secteur. 

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