Un Plan de Relance Suffisant pour le Climat?

Le gouvernement Français vient tout juste d’annoncer un Plan de relance historique de 100 milliards d’euros sur deux ans (2021-2022), dont 30 milliards d’euros sont consacrés à la transition écologique. Ce montant est en accord avec les principes du plan de relance européen présenté en juillet, qui prévoit qu’au moins 30% des plans de relance nationaux doivent financer la lutte contre le changement climatique.

L’objectif du plan de relance est d'accélérer la conversion écologique de l’économie française afin qu’elle devienne plus durable et économe, avec en ligne de mire la neutralité carbone de la France d’ici à 2050.

Sommaire :

1. Le volet “Écologie” du plan de relance à la loupe
     
 1.1 Transports
      1.2 Énergie et Technologies Vertes
      1.3 Rénovation des bâtiments
      1.4 Agriculture

2. Est-ce suffisant pour le climat?

1. Le volet “Écologie” du plan de relance à la loupe

Voilà comment sont répartis les 30Md€ de la relance écologique:

1.1 Les transports

Sur les 11Md€ consacrés aux transports, la répartition est la suivante:

Il est logique de voir le secteur des transports premier bénéficiaire du volet Écologie du plan de relance. En effet, le secteur des transports est le premier poste d’émissions en France (environ un tiers des émissions françaises).

Le plan de relance vise à réduire les émissions liées au secteur du transport à travers trois axes: le développement du rail, le soutien à l’achat de véhicules propres, et les mobilités du quotidien.

La part belle sera faite aux transports ferroviaires (donc la SNCF), avec 4,7Md€. Les fonds ainsi investis doivent permettre de mettre en place des lignes de desserte fine, afin d’améliorer l’offre dans les territoires moins denses; de développer des offres de trains de nuit; et d’adapter le réseau ferroviaire afin de développer le transport des marchandises par rail. En effet, le fret ferroviaire émet neuf fois moins de CO2 que le fret routier. L’objectif du gouvernement est de réduire de 20 000 le nombre de poids lourds présents sur les routes françaises en 2021. Cela permettrait d’éviter des émissions équivalentes à 425 000 tonnes de CO2.

Par ailleurs, 1,9Md€ sont destinés à soutenir l’achat de véhicules propres, grâce à trois mesures clés: l’évolution des barèmes du dispositif de bonus automobile, le déploiement de 100 000 bornes de recharge de véhicules électriques d’ici 2021, et le renforcement de la prime à la conversion. Cette prime réservée à l’achat d’un véhicule électrique neuf et qui s’élève à 7.000€ depuis le mois de juin pourrait être élargie à l’achat d’un véhicule électrique d’occasion. Cette mesure permettrait de rendre accessible l’achat d’un véhicule propre à bien plus de ménages.

Enfin, 1,2Md€ seront destinés aux mobilités du quotidien: l’objectif est de doubler la part modale du transport ferroviaire autour des grands pôles urbains d’ici 10 ans. En outre, l’accent sera mis sur l’usage du vélo: pérennisation de pistes cyclables, aménagement de stations vélos autour des gares, etc.  

1.2 L’énergie et les technologies vertes

Sur les 9Md€ consacrés à l’énergie et au déploiement de technologies vertes, la répartition est la suivante:

Le quatrième programme d’investissements d’avenir (PIA4) doit soutenir dans la durée l’innovation sous toutes ses formes: énergies décarbonées, économie circulaire, transports et mobilités durables, agriculture responsable, villes de demain, etc. Ce programme s’appliquera à corriger les fragilités révélées par la crise sanitaire actuelle, et cherchera à favoriser la résilience et la soutenabilité de nos modèles économiques, productifs et agricoles, sur l’ensemble des territoires.

Des moyens importants seront aussi investis dans le développement des énergies renouvelables et dans la filière de l’hydrogène vert. La France souhaite en effet se donner les moyens de devenir l’un des leaders mondiaux de l’hydrogène décarbonée.

En outre, 1,2Md€ sont consacrés à la décarbonation de l’industrie, notamment grâce à la mise en place de projets de conversion de chaudières à charbon anciennes à des installations biomasses neutres en carbone, et grâce à l’installation de pompes à chaleur dans le cadre des projets industriels. Par ailleurs, un plan de soutien massif sera octroyé aux secteurs de l’aéronautique et de l’automobile afin de les aider dans leur diversification, leur modernisation et leur transformation environnementale: reconversion d’activités vers des véhicules électriques ou à hydrogène, préparation des futures générations d’aéronefs, etc.

Le soutien aux PME industrielles passe par exemple par une aide de l'ADEME qui va subventionner des bilans carbones, la rénovation des bâtiments, l'achat de véhicules électriques pour les entreprises etc.

1.3 La rénovation énergétique des bâtiments

Sur les 9Md€ consacrés à l’énergie et au déploiement de technologies vertes, la répartition est la suivante:

En France, le bâtiment représente près d’un quart des émissions de gaz à effet de serre. Les investissements liés à la rénovation énergétique des bâtiments doivent permettre d’éradiquer les passoires thermiques d’ici 2030 - qui représentent aujourd’hui 17% des logements privés français - et de rénover la totalité du parc immobilier en bâtiments basse consommation.

4Md€ sont annoncés pour la rénovation des bâtiments publics, afin de montrer la voie. 2Md€ viendront renforcer le soutien à la rénovation globale de tous les logements privés. Grâce au rehaussement substantiel du budget de MaPrimeRénov, de nombreux propriétaires pourront compter sur une prime les aidant à financer la rénovation de leur logement.

2. Est-ce suffisant pour le climat?

Ces mesures, qui ciblent en priorité les secteurs qui contribuent le plus aux émissions françaises, vont clairement dans le bon sens. Elles vont aider les collectivités, les entreprises et les citoyens à baisser leurs émissions. Mais est-ce que le montant de la dépense publique annoncée est suffisant pour atteindre l’objectif de -40% d’émissions d’ici 2030? En d’autres termes, 30Md€ sur 2 ans, soit 15Md€ par an, c’est suffisant pour le climat?

Plusieurs études ont tenté de chiffrer l’effort d’investissement nécessaire (public et privé) pour atteindre nos objectifs climatiques. Citons notamment l’étude de l’I4CE (Institut de l’Économie pour le Climat) publiée en juillet dernier, qui préconise une dépense publique de 9Md€ supplémentaires par an (par rapport à 2016-2018) dans 13 secteurs de la transition bas-carbone, ce qui permettrait de générer 14Md€ d’investissements supplémentaires par an de la part du secteur privé.

Un autre rapport, co-écrit par le directeur général de la Fondation WWF France et le président de Finance for Tomorrow a estimé en 2018 qu’il existait un déficit d’investissement de plus de 9Md€ pour engager les acteurs du privé dans la transition écologique. Ce chiffre de 9Md€ par an de dépense publique supplémentaire semble donc faire consensus.

15Md€ par an alors que le chiffre de 9Md€ par an a été avancé pour atteindre nos objectifs, le compte est bon! Sur 2021-2022 en tout cas.

Car l’étude de l’I4CE souligne la nécessité d’investissements publics sur la durée, et croissants! Plus les années passent et plus nous allons devoir baisser nos émissions drastiquement. Selon les chiffrages de l’institut, des investissements annuels supplémentaires de 22Md€ par an seraient nécessaires entre 2024 et 2028 afin de respecter les objectifs de la Stratégie nationale bas carbone.

Notons aussi que l’argent public ne règlera pas le changement climatique seul: la majorité de l’investissement doit provenir des acteurs privés, poussés par les pouvoirs publics.

Et l’argent ne fait pas tout! Il faut, comme le souligne ces études, accompagner les acteurs économiques de la transition écologique pour, d’abord, surmonter les difficultés financières liées au Covid et ensuite pour adopter ces différentes mesures. Il faut également réglementer pour contraindre les acteurs qui ne peuvent être redirigés par l’investissement à réduire leurs émissions.


Le “pas de géant pour la transition écologique” annoncé par Barbara Pompili place la France sur une bonne trajectoire en matière d’investissements pour le climat. Dans l’ensemble, ce plan de relance écologique est de bonne augure et semble être à la hauteur des investissements nécessaires. Il conviendra de capitaliser dessus pour engager la France dans un cercle vertueux d’investissements publics et privés dans les années à venir. Au boulot!



Rédigé par
Adriaan Rademaker
Rédacteur
@ Sami
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