Crise de l’eau en France : que faire, en tant qu’entreprise ?

Bérénice Bieuville

Rédactrice climat

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Ça y est : la crise de l’eau est là, et bel et bien là. Même en France, dès aujourd’hui. L’été 2022 a été marqué par des températures record et, situation inédite, des coupures d’eau dans plusieurs communes françaises pour cause de pénurie. 6 mois plus tard, les scientifiques lancent l’alerte d’une sécheresse hivernale. À quoi tout cela est-il dû ? Pourquoi et comment le cycle de l’eau est-il perturbé ? Quels sont les risques pour les entreprises, et comment y réagir ? Décryptage. 

1. Le cycle de l’eau est en train de changer, drastiquement…

1.1 Le cycle de l’eau, kesako ?

Le cycle de l’eau, c’est cette boucle infinie parcourue par l’or bleu de notre planète, en circuit fermé, depuis des milliards d’années. Nuages, pluie, rivières, océans, glaciers… L’eau parcourt le globe sous différentes formes, en suivant un cycle qui se répète inlassablement.

Schéma du cycle de l'eau non perturbé
Le cycle de l'eau. Source.

  • L’eau des océans et mers s’évapore, grâce à la chaleur du soleil. Par le même mécanisme, l’eau terrestre s’évapore : elle vient des rivières, lacs, sols, êtres vivants, et surtout, de la végétation. On parle alors d’évapotranspiration. 
  • Dans l’atmosphère, cette ressource bleue se condense pour former les nuages. Ces masses de gouttelettes se déplacent vers les terres, poussées par le vent. 
  • Les gouttelettes des nuages finissent par tomber sur le sol : selon les conditions, il pleut, il neige, il brume, ou encore, il grêle.
  • L’eau tombée du ciel sur les terres (21 % des précipitations) alimente les nappes phréatiques souterraines, recharge les cours d’eau (rivières, fleuves, etc.), stagne dans des réservoirs naturels (lacs, glaciers, aquifères, par exemple)... Ou s’évapore. Une partie ruisselle jusqu’à la mer et l’océan.
  • Et ainsi de suite…

💡 On différencie l’eau bleue (elle s’écoule dans les cours d’eau ou stagne dans les réservoirs naturels) et l’eau verte (elle est absorbée et évapotranspirée par les végétaux).

Schéma du cycle de l'eau verte
Cycle de l'eau verte. Source : Bon Pote.

En parallèle se déroule le cycle lié aux activités humaines : captage, traitement, stockage, distribution, collecte, traitement, assainissement et dépollution, retour à la nature… Et ainsi de suite. 

Le cycle de l’eau est donc une horloge finement réglée. Dans ce cycle infini : 

  • Tous les milieux aquatiques d’un même bassin sont interdépendants : nappes souterraines, mers, lacs, rivières, etc. 
  • Qui sont eux-mêmes interdépendants des autres milieux, comme la forêt… 
  • Mais aussi, des conditions climatiques et atmosphériques. 

Ainsi, une perturbation à un endroit du système peut perturber le cycle entier. C’est justement ce qui est en train de se passer. 

1.2 Un cycle perturbé, en Europe et dans le monde : pourquoi ?

Aujourd’hui, le cycle de l’eau est perturbé. 

Événements climatiques extrêmes, inondations, sécheresse, difficulté d’approvisionnement en eau potable, perte de production agricole… Les causes, comme les conséquences, sont multiples. Et interreliées. 

La cause racine reste, indiscutablement et principalement : le réchauffement climatique, et plus largement les activités humaines.

Parmi les conséquences que l’on peut citer : 

  • Le réchauffement climatique augmente l'intensité des précipitations, et donc les risques de crues et d’inondations. C’est cela qui détruit, entre autres, les constructions et les infrastructures.
  • Le réchauffement climatique assèche également les sols et entraîne un manque d’évapotranspiration, ce qui limite les pluies et donc, l’approvisionnement en nourriture grâce à une production agricole fertile.
  • L’artificialisation des sols empêche les nappes phréatiques de se remplir et de filtrer l’eau. Cela a comme double conséquence de générer davantage de précipitations et donc d’inondations, mais aussi d’appauvrir les sols et de réduire la production agricole.
  • Les nappes phréatiques et les cours d’eau sont pollués, ce qui rend l’accès à l’eau potable plus difficile.
  • Le réchauffement climatique entraîne une nouvelle répartition. Le volume global reste sensiblement le même mais avec des périodes très longues sans précipitations et des pluies extrêmes. Ce qui a pour conséquence une faible recharge des nappes phréatiques ces dernières années couplée à des sécheresses des sols récurrentes.
  • La fonte des glaciers et le changement du régime des précipitations entraîne une baisse des débits, notamment en période estivale, de nombreux fleuves. On peut penser au Rhône en France ou au Rhin, ce qui entraîne d'importantes conséquences économiques (tourisme et fret fluvial, irrigation, refroidissement des centrales nucléaires)

Dans toutes les forêts du globe, l’humidité du sol change : parfois trop humide, parfois bien trop sec…

Partout, ces modifications dans le cycle de l’eau perturbent la biodiversité et la stabilité des sociétés humaines. Ces perturbations fragilisent l’approvisionnement de ressources vitales pour les êtres humains : nourriture et eau saine.

Dans les projections du GIEC, le réchauffement climatique va continuer d’intensifier les perturbations sur le cycle de l’eau. On connaitra des événements ou saisons tantôt bien trop humides, tantôt bien trop secs. Le GIEC estime que 42 à 79 % des bassins hydrographiques du monde seraient affectés, de manière critique, d’ici à 2050. Ce qui aura des répercussions, directes ou indirectes… Partout sur la planète, y compris sur les entreprises !

(Sources : Fresque du Climat, ADEME, 6e rapport du GIEC.)

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2. La crise de l’eau : des conséquences déjà là, même en France

Concrètement, comment se traduit cette crise hydrologique ? Quelles sont les conséquences, sur les sociétés humaines et les entreprises ? 

2.1 La France est-elle vraiment à l’abri de la crise de l’eau ?

La crise de l’eau ne touche pas seulement les pays en voie de développement ou les pays partiellement désertiques… Elle nous touche aussi, en France, dès aujourd’hui. 

Quelques exemples ?

  • Été 2022, canicule et sécheresse : La quasi-totalité des départements a connu des mesures de restriction d’eau. 700 communes ont même fait face à des difficultés d’approvisionnement en eau potable. Pour plus de 100 communes, les nappes phréatiques étaient carrément vides. Résultat : coupures d’eau au robinet et acheminement d’eau par camion, depuis les communes voisines. Une situation historique… Loin d’être la dernière.
  • Hiver 2022/2023, sécheresse hivernale : avec une période record de 32 jours consécutifs sans pluie, en France, à cette saison. Les réserves d’eau dans les sols et nappes phréatiques sont déficitaires pour la période. L’été 2023 pourrait bien être pire que l’été 2022…
  • Mars 2023 : la situation inquiétante se solde par des projets fortement contestés. La multiplication des méga-bassines : des réservoirs d’eau, puisée dans les nappes phréatiques en hiver, pour permettre à quelques agriculteurs de passer l’été.
  • En mars 2023 : une conférence de l’ONU (Organisation des Nations Unies) se tient. L’objectif : trouver des solutions pour la sécurité hydrique, pour chaque personne sur Terre. En savoir plus.

Ces exemples en tête, voyons les différentes conséquences listées par le GIEC, du dérèglement du cycle hydrologique.

2.2 Les conséquences des perturbations du cycle hydrologique

A petite et grande échelle, les conséquences sont multiples.

  • Augmentation des sécheresses. La part de la population subissant une sécheresse extrême pourrait presque tripler d’ici à 2100. Une des conséquences : l’affaiblissement du système agricole… Donc la difficulté à produire notre nourriture.
  • Difficulté d’approvisionnement en eau potable. Entre pollution des sols et mauvaise infiltration dans les nappes phréatiques, l’eau est de moins en moins potable. Les maladies transportées par l’eau ont et vont augmenter considérablement.
  • Multiplication des migrations et conflits climatiques. Les scientifiques du GIEC estiment que les demandes d’asile en Union européenne pourraient être multipliées par 7, à cause des perturbations hydrologiques et la guerre de l’eau.
  • Aggravation des épisodes météorologiques extrêmes. Fortes précipitations, inondations, cyclones tropicaux, etc. 

Les conséquences sur les sociétés humaines et les entreprises s’aggravent et vont s’aggraver… D’autant plus si on manque d’anticipation et adaptation.

3. Les risques et impacts de ces dérèglements du cycle de l’eau pour les entreprises

Vous l’avez compris : toutes les populations sont menacées par des difficultés d’approvisionnement en eau et nourriture. 

Bien sûr, ça ne s’arrête pas là. Les entreprises et industriels sont également directement concernés ! 

Pour certains secteurs gourmands en eau, le lien est vite fait : agriculture, mode ou encore énergie par exemple.

Et pour les autres ? Malheureusement, aucun secteur n’est épargné. La crise de l’eau affecte chaque entreprise, en France et dans le monde, tout au long de sa chaîne de valeur :

  • Approvisionnement  : les événements météorologiques extrêmes rendus plus fréquents et intenses affectent les capacités de production et prix de vos sous-traitants et fournisseurs les plus exposés.
    Exemples : produits de l’agriculture, ressources bois, énergie (l’eau est impliquée dans de nombreux systèmes de production).
  • Opérations : vos bureaux et infrastructures les plus exposés risquent de voir leur productivité baisser, voire d’accuser des pertes matérielles.
    Exemples : zones côtières menacées par la montée des eaux, zones inondables, impacts des vagues de chaleur et canicules, santé menacée pour les employés en extérieur, etc. 
  • Process industriels : l’eau est nécessaire dans de nombreux process industriels. Ses pénuries pourraient présenter des risques matériels importants, affecter la production ou entrainer des accidents.
    Exemples : eau de refroidissement, échange de chaleur, eau de rinçage, etc. 
  • Logistique : vos chaînes logistiques de distribution peuvent être perturbées par les aléas climatiques.
    Par exemple, la réduction du transport fluvial du Rhin.
  • Produits et services : les produits que vous commercialisez doivent pouvoir s’adapter à des climats plus chauds et secs en été.
    Exemples : produits numériques et batteries (risque d’explosion ou endommagement à maitriser), denrées alimentaires (conservation), etc.

4. Que faire en tant qu’entreprise face aux perturbations hydrologiques ?

Bon, on le sait : le constat n’est pas facile. Pour vous aider à digérer toutes ces informations, on passe maintenant aux pistes de solutions !

En tant qu’entreprise, vous pouvez (et devez !) agir à deux niveaux.

  1. Contribuer à la réduction des causes de la perturbation du cycle de l’eau.
  2. Anticiper les risques, améliorer votre gestion de l’eau et vous adapter dès maintenant à un monde en plein réchauffement. 

4.1 Réduire les principales causes de la crise

D’abord, vous pouvez contribuer à réduire les causes de la crise à la source : prévenir et ralentir la perturbation du cycle de l’eau.

4.2 Trois étapes pour anticiper les risques liés à la crise de l’eau

En plus de la mise en place d'un plan d'action de réduction d’émissions GES, pour limiter l'impact de vos activités sur la planète, voici 3 actions qui vous permettront de limiter votre exposition à la crise de l’eau :

Étape 1 : Analysez votre exposition aux menaces externes et aléas

Votre exposition aux risques externes dépend de l’emplacement géographique de votre chaîne de valeur. À faire pour différents scénarios de réchauffement planétaire (+ 1,5 °C, +2 °C, +3 °C, etc.)

Quelques exemples de questions à se poser.

Êtes-vous en zone inondable ? Près des côtes ou de cours d’eau ? Ou bien, dans une zone menacée par les glissements de terrain ? Quelles en seraient les conséquences ? Êtes-vous près d’une zone de migration climatique ?

Étape 2 : Évaluez la vulnérabilité interne de votre entreprise, face à ces aléas

Évaluez les répercussions des différents risques, ainsi que l’adaptabilité de votre entreprise et son organisation. 

Quelques exemples de questions à se poser.

Quelles sont les conséquences en cas de difficulté d’approvisionnement en eau, ou d’autres ressources dépendantes du cycle de l’eau ? Vos équipes travaillent-elles en extérieur ? Quelles seraient les conséquences des vagues de chaleur ? (Dans le secteur du bâtiment, typiquement, les travaux pourraient prendre du retard à cause des canicules et du manque d’eau).

Étape 3 : Établissez et mettez en place des stratégies d’adaptation

Face aux risques identifiés, déployez des plans d’adaptation à hauteur du danger. Une ou plusieurs stratégies pour chaque risque - à déployer : 

  • à court terme (exemple : modification des horaires de travail en cas de crise, identification d’une source d’eau alternative vers laquelle se tourner ponctuellement) ;
  • à long terme (travaux, multiplication des fournisseurs, amélioration du stockage et revalorisation de l’eau, etc.). 

Assurez-vous de l’application effective de ces mesures (plans d’action, équipe dédiée, installation de process d’alerte, etc.)

Pour cela, vous pouvez simuler les conséquences des perturbations climatiques et hydrologiques en utilisant des modèles scientifiques ou en vous entourant de spécialistes.

Il est encore temps d’agir pour limiter l’aggravation de la crise de l’eau, et pour en anticiper les dégâts sur le monde… Mais aussi sur l’ensemble des entreprises. 

Faites un premier pas : contribuez, à votre échelle, à la neutralité carbone mondiale. Réalisez votre bilan carbone

Sources : 

Mission Décarbonation

Chaque mois, un décryptage de l’actualité climat des entreprises et nos conseils pour vous décarboner, suivis par plus de 4000 personnes.

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